EDIT : Autodissolution d'A/I annoncée sur le site Keep the Internet free
Le texte qui suit a été repris depuis le site Indymedia Nantes, sur lequel il est également possible de consulter un historique plus complet des activités d'Autistici/Inventati. Merci à elleux pour cette initiative !
N'hésitez pas à le partager autour de vous.
Ce 26 août 2026, l’administration des États-Unis d’Amérique a désigné comme organisation terroriste internationale l’association en charge des serveurs informatiques Autistici/Inventati (A/I). Derrière ce nom, ce sont 25 ans de mémoire et d’outils des luttes sociales, d’autogestion numérique qui se voient attaquées. A/I, c’est un peu le Riseup italien. Iels hébergent des milliers de boîtes mails et de listes de diffusion ainsi que tous les sites en .noblogs.org. Des milliers de comptes, services et sites webs militants se voient donc censurés ou menacés. Cette décision, dont les premières conséquences commencent à apparaître, sera pleinement effective le 25 septembre 2026. D’ici-là, la communauté hacker internationale appelle à une large mobilisation de solidarité antifasciste pour la défense de nos infrastructures et pour l’autonomie de nos réseaux numériques alternatifs.
Paranoia, la première machine de ce qui deviendra plus tard A/I, est née à Milan (Italie) en 2001, dans un contexte foisonnant de luttes sociales et d’expérimentations technologiques populaires entremêlées. Cette initiative antifasciste, anticapitaliste et antimilitariste, reposant sur des logiciels libres et maniant la cryptographie comme technique d’autodéfense numérique, s’est poursuivie par l’installation de toute une infrastructure visant à garantir le pseudonymat et la libre circulation des informations, de la connaissance et de la culture.
Là où les prestataires de services en ligne commerciaux utilisent l’argent comme barrière d’entrée, A/I fait partie de ces collectifs qui conditionnent l’utilisation de leurs services à un critère d’affinité politique. Sous cette condition, la liberté d’expression permise au travers de cette infrastructure n’a cependant jamais garanti de responsabilité collective à l’égard de toutes les publications ou communications qui y circulent. Et pourtant, l’administration états-unienne justifie aujourd’hui la censure de l’intégralité des services d’A/I dans un excès de zèle fasciste qu’on lui connaît particulièrement de nos jours.
Depuis 2001 et jusqu’à la catastrophe que représente cette dernière actualité, l’histoire d’A/I est émaillée de plusieurs événements parfois rocambolesques, mettant en lumière toute l’ironie et l’absurdité des institutions politiques et du capitalisme de surveillance. Lors de l’affaire Trenitalia, A/I avait créé un site web satirique pour dénoncer le transport d’équipements militaires pour l’invasion états-unienne de l’Irak en 2003. En 2005, une enquête contre une cellule italienne de l’Anarchist Black Cross, dont les emails étaient hébergés par A/I, a révélé l’installation par la police d’un dispositif de surveillance du serveur, dissimulée par l’entreprise du datacenter du serveur de l’époque.
À la suite de cette affaire, le collectif a initié un chantier titanesque de mesures anti-répression de l’infrastructure, le plan R. Un plan qui permit en 2007 aux serveurs de résister aux tentatives de censure d’un jeu-vidéo dénonçant la pédocriminalité au sein de l’Église catholique. Puis en 2010, c’est face à la police norvégienne, en complicité avec une cour de justice italienne, que le plan R s’est montré efficace pour permettre la survie de l’infrastructure grâce à plusieurs relais à travers le monde.
Toutes ces attaques et perquisitions ayant exposé des milliers de boîtes mail, A/I a toujours insisté sur la nécessité d’une prudence à l’égard de sa propre confidentialité. Aucune infrastructure numérique ne sera jamais indemne de vulnérabilité, à l’instar des humains eux-mêmes. Pourtant, on peut retenir que la participation du collectif aux luttes sociales et à certains squats a notamment permis au mouvement Indymedia de naître, en tant qu’automédia issu de la mobilisation contre le G8 de Gênes. Elle a également permis à d’innombrables mailing-lists d’émerger et à des dizaines d’ateliers et discussions à travers le monde de diffuser les savoir-faire d’autodéfense numérique et les expériences du collectif à d’autres communautés en lutte.
Appel à mobilisation
De fait, A/I fait aujourd’hui partie des collectifs de référence dans les communautés hacker anti-autoritaires et internationalistes, tant pour tout son historique et l’exigence technique acquise que pour son approche anti-élitiste qui permet à toustes d’utiliser ses services et d’apprendre à les répliquer ailleurs. Il est donc urgent de se mobiliser, avant le 25 septembre, en défense d’A/I, de plusieurs manières, dans la mesure de vos capacités :
- faire connaître cette affaire (en partageant cet article, en en parlant, en taggant ta ville, …) ;
- rejoindre la coalition de défense d’A/I en vous rapprochant d’organisations locales (hackerspaces, notamment ceux de https://interhacker.space et associations de défense des droits fondamentaux sur internet, notamment https://laquadrature.net, etc.) ;
- contribuer à l’archivage décentralisé de Noblogs ;
- préparer un soutien matériel légal à A/I en récoltant des fonds pour leur défense judiciaire et le renforcement de leur infratructure.
Par ailleurs, dans un contexte de répression débridée, à coups d’accusation de terrorisme, à l’encontre d’un nombre toujours croissant de collectifs anti-autoritaires, l’attaque contre Autistici/Inventati est une alerte pour toutes les initiatives d’infrastructures alternatives sur internet. Elle démontre l’extension des leviers utilisés par l’administration pour censurer des services (en l’occurence via l’organisme chargé des noms de domaine en « .org »).
Au-delà d’A/I, cette invitation à la solidarité est donc aussi un gros coup de pied au cul pour défendre notre liberté d’expression et l’intégrité de notre vie privée ainsi que l’autonomie nos moyens d’organisation en ligne. Il est urgent de réfléchir collectivement à la dépendance aux états-unis de nos propres moyens de communication et des plateformes de publication de nos luttes et renforcer leur indépendance autant que possible en documentant le travail et en faisant circuler ces recherches. Ne croyons pas que ces questions sont simplement l’affaire d’expert·es.
Apprenons de l’histoire des luttes et de ses leçons. La lutte continue et c’est l’affaire de toustes !
Déclaration publique d’Autistici/Inventati
Traduit collective de l’anglais du communiqué d’Autistici/Inventati
Aujourd’hui, nous apprenons que le gouvernememt états-unien vise un petit collectif d’informatique italien, géré bénévolement, par des sanctions disproportionnées comme chacun·e peut le lire dans les déclarations du trésor et de l’état, ainsi que dans l’ordonnance judiciaire associée.
Nous dénions toutes allégations diffusées dans ces déclarations, et nous affirmons fermement notre volonté de fournir une plateforme d’outils d’auto-défense numérique, répondant aux besoins de communication libre d’activistes et autres individus, groupes et organisations.
Nous ne reculerons pas, nous continuerons à faire ce que nous faisons depuis toutes ces années, et nous ferons tout notre possible pour contrer les fausses accusations d’une administration politiquement désepérée, avec pour seul but de détourner l’attention publique et médiatique loin de leurs propre violence et bellicisme…
L’antifascisme et l’anticapitalisme ne sont pas du terrorisme. Manifester n’est pas du terrorisme. Et chacun·e a le droit de se faire entendre et de lutter pour l’humanité.
Collectif Autistici/Inventati – rendre les savoirs communs sans rechercher le pouvoir.
Restons humain.
Plus d'infos
- Article original sur le site Indymedia Nantes qui apporte un contexte historique et documente les activités d'A/I
- Communiqué de presse officiel sur la classification d'organisation terroriste internationale d'A/I (EN)
- Lettre ouverte sur Sabot Media (EN) qui peut être signée par des personnes morales ou physiques
- Article de soutien du collectif des CHATONS
- Article de soutien de La Quadrature du Net
- Article de soutien de Framasoft